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Les défis économiques ralentissant l'adoption de la viande cultivée

Par David Bell  •   9 minute de lecture

Economic Challenges Slowing Cultivated Meat Adoption

Le développement de la viande cultivée n'est pas freiné par le manque d'intérêt. Il est freiné par les coûts.

D'après les données disponibles, l'article met en évidence un problème simple : une grande partie de la population connaît la viande cultivée, mais beaucoup moins de consommateurs sont prêts à en acheter en raison de son coût encore trop élevé et des difficultés de production à l'échelle industrielle. Le taux de notoriété est élevé, atteignant 81,92 %, souvent stimulé par des campagnes publiques, mais l'intention déclarée d'achat tombe à 35,47 %. Dans le même temps, les investissements ont chuté, passant de 900 millions USD en 2022 à 74 millions USD en 2025, ce qui ralentit la construction des sites de production et maintient un niveau d'approvisionnement limité.

En synthèse, les points clés sont les suivants :

  • Le prix constitue le principal frein à l'adoption en grande distribution
  • Les coûts de production demeurent excessifs, certains produits revenant à plusieurs centaines de dollars américains par burger
  • Les usines sont trop petites et trop rares, ce qui restreint les volumes de production
  • Le dimensionnement des bioréacteurs reste un obstacle majeur, tant sur le plan financier que pour la croissance cellulaire
  • Des milieux de culture plus économiques, de meilleurs rendements et des formulations hybrides pourraient contribuer à réduire les coûts
  • L'adoption de masse au Royaume-Uni repose sur trois piliers : des prix abordables, un approvisionnement constant et une disponibilité en rayon

En résumé : la viande cultivée restera un marché de niche tant que les industriels ne parviendront pas à accroître leurs volumes à moindre coût, en s'appuyant sur des installations de production à l'échelle agroalimentaire plutôt que sur des modèles de type biopharmaceutique.

Viande cultivée : vue d'ensemble des principaux freins économiques

Viande cultivée : vue d'ensemble des principaux freins économiques

Facteurs de coûts dans la production de viande cultivée

Des coûts de production élevés maintiennent des prix hors de portée

Le principal défi demeure financier. La production reste trop onéreuse pour une commercialisation grand public, maintenant les prix de détail bien au-dessus du budget d'achat hebdomadaire habituel. Des produits récemment évalués lors de dégustations ont encore nécessité plusieurs centaines de dollars par unité pour être fabriqués [1]. Pour l'instant, la viande cultivée relève donc davantage de l'innovation de curiosité que d'une référence courante dans le rayon frais aux côtés des viandes conventionnelles.

Les milieux de culture et les ingrédients spécialisés pèsent lourdement sur les coûts

Les cellules de viande cultivée nécessitent des acides aminés, des facteurs de croissance et d'autres nutriments essentiels. Cela rend les milieux de culture coûteux dès le départ. De plus, ces intrants sont toujours élaborés selon des normes de pureté très strictes, ce qui majore encore les coûts.

Good Meat indique que les formulations sans sérum ont permis de baisser les coûts, mais que les matières premières fondamentales restent onéreuses [1].

Ainsi, même lorsqu'une étape du procédé devient plus économique, le prix de vente final reste largement supérieur à celui de la viande conventionnelle.

La parité de prix avec la viande conventionnelle n'est pas encore atteinte

Même dans le cadre de ventes ciblées en restauration, la viande cultivée est toujours commercialisée à perte [1].

« Chaque vente est historique, et à chaque vente, nous perdons un peu d'argent. » - Joshua Tetrick, PDG, Good Meat [1]

La viande conventionnelle bénéficie également de subventions bien ancrées pour l'alimentation animale, ce qui creuse encore davantage l'écart de prix. Et comme l'échelle de production demeure limitée, les coûts restent élevés, bien que les économies d'échelle devraient permettre de les réduire. C'est pourquoi des milieux de culture plus économiques, des procédés optimisés et des séries de production plus importantes constituent les prochains enjeux majeurs.

Le manque d'équipements et d'infrastructures freine la disponibilité

Les coûts d'exploitation élevés ne représentent qu'une partie du problème. Les installations à l'échelle industrielle font encore défaut. Ainsi, même si les intrants devenaient plus abordables, le volume de production resterait plafonné par la capacité des usines.

Les bioréacteurs et la construction d'usines exigent des investissements initiaux massifs

La plupart des entreprises de viande cultivée utilisent actuellement des bioréacteurs de 3 000 litres adaptés de la production pharmaceutique. À l'échelle d'une usine agroalimentaire, cela reste modeste pour la fabrication alimentaire. Pour atteindre les volumes requis par le marché, le secteur devrait passer à des cuves de 100 000 litres — un facteur d'échelle multiplié par 33 qui n'a encore jamais été démontré au niveau commercial [1]. Sans cuves plus volumineuses, les coûts unitaires demeurent trop élevés pour la grande distribution.

Ce changement d'échelle ne consiste pas simplement à acquérir une cuve plus volumineuse. À cette taille, les cellules doivent toujours recevoir suffisamment d'oxygène et les métabolites doivent être évacués au rythme approprié — deux des paramètres essentiels à suivre pour les bioréacteurs. Dans une cuve de 100 000 litres, cela devient un problème biologique majeur que le secteur n'a pas encore résolu [1].

Comme le souligne Daniel Gertner :

« Le capital-risque en particulier n'est pas réellement adapté pour financer le passage à l'échelle d'une entreprise... les sources de financement appropriées recherchent généralement des flux de trésorerie prévisibles, des bilans solides, [et] des constructions respectant les délais et les budgets. » - Daniel Gertner, analyste principal économie et industrie, Good Food Institute [4]

La chaîne d'approvisionnement en équipements constitue un goulot d'étranglement supplémentaire. Les matrices (scaffolds), les capteurs et les milieux de culture proviennent souvent de fournisseurs de laboratoire généralistes dispersés plutôt que de hubs industriels dédiés. Par conséquent, les entreprises peuvent passer des semaines entières à simplement courir après les devis [2].

Une faible capacité de production entraîne de faibles volumes de produits

Lorsque les installations sont restreintes et peu nombreuses, les volumes produits restent faibles. Et lorsque les volumes restent faibles, les prix demeurent élevés. C'est un véritable cercle vicieux.

Comme l'a formulé Meghan McGill :

« C'est une boucle d'évolutivité : pour atteindre une rentabilité unitaire viable, il faut construire une usine plus grande, mais pour construire une usine plus grande, il faut des capitaux. » [3]

Les financements destinés au secteur ont fortement diminué, ce qui complique la tâche des entreprises souhaitant financer les installations de plus grande envergure nécessaires pour réduire les coûts. Les infrastructures plus vastes et les volumes de production accrus constituent donc le prochain obstacle économique majeur. Dès lors, il convient d'examiner les leviers susceptibles de faire baisser les coûts.

Quels leviers pour réduire les coûts

Milieux à moindre coût, procédés optimisés et cycles de production élargis

Ces coûts peuvent diminuer, mais uniquement si les fondamentaux s'améliorent : coûts des intrants, rendements de production et taille des lots.

Le premier levier majeur réside dans les milieux de culture. Si les entreprises parviennent à remplacer les milieux onéreux par des formules enrichies et sans sérum, les coûts chutent rapidement. Sophia Bou-Ghannam, scientifique chez Good Meat, a déclaré :

« Nous avons trouvé un moyen de concevoir un milieu enrichi qui élimine totalement le recours au sérum... Cela a permis à lui seul de réduire considérablement nos coûts de milieu. » [1]

Les chercheurs explorent également des méthodes pour produire des acides aminés directement à partir de sucres végétaux dégradés, au lieu de dépendre d'intrants coûteux de qualité pharmaceutique.

Une autre approche consiste à simplifier le produit. Les produits hybrides, qui associent des cellules cultivées à des ingrédients végétaux au lieu de viser un produit composé à 100 % de viande cultivée, réduisent le coût unitaire. Mission Barns se concentre ainsi sur la graisse de porc cultivée plutôt que sur le tissu musculaire, le tissu adipeux étant plus simple et plus économique à produire à grande échelle. Bianca Lê, scientifique principale de l'entreprise, a souligné :

« La graisse de porc apporte du fondant et de la saveur, mais la culture du tissu adipeux est aussi nettement plus simple à mettre à l'échelle et plus économique que celle du muscle. » [1]

Certaines entreprises débutent également par des segments à haute valeur ajoutée, comme les produits de la mer haut de gamme destinés aux sushis. Cette stratégie est cohérente : la parité de prix précoce y est plus accessible et les consommateurs acceptent déjà des tarifs plus élevés. La présence dans les rayons de la grande distribution généraliste interviendra dans un second temps [1].

Comment le changement d'échelle transforme l'équation économique

Le passage à l'échelle modifie l'équation de manière directe. Des densités cellulaires accrues et des durées de cycle réduites permettent d'augmenter le rendement sans accroître la surface des installations industrielles. Lorsque les cellules sont plus performantes, les mêmes équipements génèrent un volume de production supérieur, ce qui constitue le principal moteur de la baisse des coûts.

En clair : chaque kilogramme supplémentaire au sein d'une série de production réduit le coût unitaire.

Conclusion : les étapes indispensables avant la démocratisation de la viande cultivée

En substance, le passage à l'échelle industrielle constitue le maillon manquant. La viande cultivée se heurte encore à trois obstacles interdépendants : coûts de production élevés, infrastructures onéreuses et approvisionnements fragmentés. Ce sont les principales raisons pour lesquelles elle n'est pas encore largement distribuée au Royaume-Uni. Pour les consommateurs, cela se traduit par une disponibilité limitée et des prix incompatibles avec un panier d'achat hebdomadaire standard.

Cette situation complique à son tour le financement de la construction d'usines et de la modernisation des équipements. La montée en échelle s'en trouve ralentie et les prix demeurent élevés. Il s'agit d'un véritable cercle vicieux : sans augmentation des volumes, les coûts ne baissent pas ; sans baisse des coûts, financer l'expansion productive reste complexe. Ce déficit de capitaux maintient la production à grande échelle hors de portée.

La marche à suivre est claire : conception de bioréacteurs industriels de plus grande capacité, milieux de culture plus économiques et systèmes de production plus performants. L'adoption à grande échelle dépend d'intrants moins coûteux, de lots plus volumineux et de la réduction des goulets d'étranglement industriels. En termes clairs, la filière doit adopter de véritables méthodes de production agroalimentaire, et ne plus se contenter de transposer des procédés pharmaceutiques au secteur de l'alimentation.

L'élément clé pour les consommateurs

Le frein principal ne réside pas dans l'intérêt des consommateurs, mais dans les conditions économiques requises pour y répondre. La viande cultivée ne se démocratisera que lorsqu'elle sera abordable, accessible et produite à une échelle adaptée aux habitudes d'achat quotidiennes au Royaume-Uni. Pour suivre l'actualité du secteur et consulter des guides pédagogiques, Cultivated Meat Shop propose des analyses claires, orientées vers les consommateurs.

FAQ

Pourquoi la viande cultivée est-elle encore si chère ?

La viande cultivée reste onéreuse pour deux raisons majeures : le coût élevé des milieux de culture cellulaire et la complexité du passage à l'échelle industrielle.

Une part importante des coûts provient des facteurs de croissance et des acides aminés nécessaires au maintien de la viabilité cellulaire. Ces intrants sont historiquement issus de l'industrie pharmaceutique, ce qui les rend extrêmement coûteux.

S'y ajoute le défi de l'échelle de production. Le secteur opère actuellement une transition depuis des bioréacteurs de qualité pharmaceutique de faible capacité vers des systèmes de bien plus grand volume. Cette évolution requiert des investissements majeurs et d'importants développements en ingénierie.

Quelles étapes sont nécessaires avant l'arrivée de la viande cultivée dans les supermarchés ?

Avant que la viande cultivée ne soit disponible dans la grande distribution, l'industrie doit surmonter d'importants obstacles économiques et techniques. L'objectif est de réduire les coûts de production à environ 5,16 £ par kilogramme. Cela nécessite d'optimiser les procédés de biotransformation, de formuler des milieux de culture de qualité alimentaire à moindre coût et d'assurer une production à échelle industrielle.

Par ailleurs, les entreprises doivent obtenir les autorisations réglementaires nécessaires. Elles doivent également mettre en place une communication transparente afin de rassurer les consommateurs sur la sécurité sanitaire et la perception de naturalité du produit.

La viande cultivée sera-t-elle bientôt abordable au Royaume-Uni ?

Pas dans l'immédiat. Au Royaume-Uni, la viande cultivée demeure trop coûteuse pour la consommation courante en raison de frais de fabrication élevés et de la nécessité d'investissements massifs. Les deux principaux freins restent le coût élevé des milieux de culture et le manque d'infrastructures de production à grande échelle.

Néanmoins, les prix ont considérablement baissé depuis 2013. De nombreuses entreprises visent désormais la parité tarifaire avec la viande conventionnelle d'ici 2030. Même à cette échéance, les premiers produits commercialisés pourraient conserver un positionnement tarifaire premium.

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Author David Bell

À propos de l'auteur

David Bell est le fondateur de Cultigen Group, la société mère de Cultivated Meat Shop et d'un groupe d'entreprises qui construisent l'infrastructure commerciale de la viande cultivée : une place de marché d'approvisionnement B2B, une plateforme de veille R&D, des rapports de prix, des études de marché et la vente aux consommateurs. Il a conçu et développé lui-même chaque plateforme du groupe et écrit ici à partir de son expérience directe de leur exploitation.

Il crée des entreprises depuis 30 ans dans l'e-commerce, la technologie et l'automatisation, et il est végan depuis 2012. Cultigen Group est le point de rencontre de ces deux parcours : de la vraie viande sans abattage, et les systèmes commerciaux nécessaires pour la mettre sur le marché.