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Évolution à long terme de l'utilisation des terres avec la viande cultivée

Par David Bell  •   10 minute de lecture

Long-Term Land Use Changes with Cultivated Meat

La viande cultivée pourrait réduire considérablement l'utilisation des terres agricoles, mais le résultat final dépend de l'énergie, des matières premières et de l'usage fait des terres libérées.

Si l'on résume la recherche à l'essentiel, voici les points clés :

  • Les pâturages représentent l'enjeu majeur. La majeure partie des terres d'élevage étant dédiée au pâturage, le remplacement de la viande de ruminants a l'impact le plus significatif.
  • Certains modèles prévoient de très fortes réductions. Un scénario à l'horizon 2050 a mis en évidence une baisse de 83 % de l'utilisation totale des terres agricoles, libérant environ 9,6 millions de km².
  • Toutes les terres libérées ne sont pas cultivables. Environ 1,3 milliard d'hectares de terres d'élevage sont des prairies non arables.
  • L'énergie demeure un facteur déterminant. Si la viande cultivée fonctionne avec une énergie décarbonée, l'utilisation des terres reste faible. Dans le cas contraire, une partie des bénéfices s'amenuise.
  • Les matières premières consomment toujours des terres cultivables. Dans un modèle de transition complète, le glucose destiné à la production a nécessité environ 6 % des terres arables mondiales.
  • La libération théorique des terres ne garantit pas leur transformation effective sur le terrain. Les bénéfices pour le climat et la nature dépendent de la restauration des terres libérées, de leur mise en jachère ou de leur maintien dans l'agriculture.

En clair : l'argument à long terme en faveur de la viande cultivée repose avant tout sur le foncier. Le produit en lui-même importe, mais l'enjeu majeur réside dans ce qui se produit lorsque le cheptel diminue et que de vastes zones de pâturage ne sont plus nécessaires.

Point clé Ce que cela implique
Plus forte réduction foncière Diminution des pâturages et des terres de parcours
Meilleur scénario Jusqu'à 83 % de terres agricoles en moins dans un modèle à l'horizon 2050
Limite principale Une grande partie des terres libérées n'est pas arable
Condition déterminante Énergie bas-carbone et intrants de qualité alimentaire
Bénéfice majeur Réensauvagement, stockage du carbone et restauration des habitats

Ainsi, à la lecture globale des travaux de recherche, le constat est clair : la viande cultivée pourrait libérer une superficie considérable au fil du temps, mais ce résultat dépend moins de la viande seule que de l'écosystème global dans lequel elle s'inscrit.

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Comment les chercheurs évaluent les effets sur l'utilisation des terres

La méthode de modélisation du sol modifie les résultats. Plus concrètement, elle influe sur l'estimation de la surface libérée.

Analyses du cycle de vie et modèles de scénarios

Les ACV examinent l'utilisation des sols à l'échelle du produit, en comparant l'impact environnemental de la viande cultivée à celui du bœuf. Les modèles de scénarios évaluent la mutation foncière à l'échelle systémique à mesure que l'adoption progresse.

Une ACV mesure les intrants requis pour produire un kilogramme de viande, y compris la consommation d'électricité et les terres associées à la production des matières premières. Les modèles de scénarios adoptent une perspective bien plus large. Ils analysent le système alimentaire mondial et simulent l'évolution pluriannuelle d'une transition progressive de la viande conventionnelle vers la viande cultivée.

Cette perspective élargie met en lumière des effets que les ACV ne détectent pas toujours. Par exemple, si la demande en cultures destinées à l'alimentation animale diminue, les besoins en terres arables peuvent chuter. Si la taille du cheptel régresse, des pâturages peuvent également être libérés. Cela explique en grande partie les écarts significatifs constatés d'une étude à l'autre sur l'estimation des surfaces épargnées.

Les hypothèses qui déterminent les résultats

Les résultats reposent largement sur des hypothèses. Trois d'entre elles expliquent l'essentiel des divergences entre les études.

La source d'énergie joue un rôle déterminant. Les réseaux alimentés par des énergies renouvelables tendent à réduire l'empreinte au sol, tandis que ceux qui dépendent davantage des combustibles fossiles l'augmentent. Même les énergies renouvelables impliquent une occupation des sols, les infrastructures éoliennes et solaires nécessitant de l'espace. Néanmoins, cette utilisation des terres demeure bien inférieure à celle des pâturages que la viande cultivée pourrait remplacer.

Les matières premières utilisées façonnent également ce résultat. Les cellules ont besoin d'une source de carbone pour se développer. La plupart des modèles actuels reposent sur le glucose issu du maïs, qui dépend toujours de terres arables. Dans un scénario de transition intégrale, la production de glucose destinée à la viande cultivée mobiliserait environ 6 % de l'ensemble des terres arables mondiales [1].

L'échelle de production constitue le troisième facteur clé. Les études basées sur les conditions de laboratoire actuelles peuvent aboutir à des résultats très différents de celles qui modélisent des installations industrielles optimisées. De légères variations dans les hypothèses relatives à la densité cellulaire, aux taux de croissance ou au choix d'une production de qualité alimentaire ou pharmaceutique peuvent modifier considérablement les empreintes au sol et énergétique. Les exigences réglementaires jouent également un rôle, les procédés de qualité pharmaceutique pouvant s'avérer plus énergivores que ceux de qualité alimentaire [2].

Ces paramètres déterminent directement les données de réduction des surfaces terrestres présentées ci-après.

Ce que révèlent les principales études sur la réduction de l'occupation des sols

Utilisation des sols par la viande cultivée : comparaison des principaux scénarios et résultats

Utilisation des sols par la viande cultivée : comparaison des principaux scénarios et résultats

Le gain d'espace le plus important provient du remplacement des pâturages. Dès lors que l'usage des pâturages diminue au sein du système, la demande en terres agricoles chute fortement. La question suivante consiste à évaluer l'étendue des terres qui pourraient être libérées en cas de déploiement à grande échelle.

Résultats issus des scénarios favorables à long terme

Les projections les plus optimistes envisagent un remplacement intégral de l'élevage conventionnel d'ici 2050. Dans une telle hypothèse, des recherches publiées dans Communications Earth & Environment ont établi qu'une transition totale pourrait réduire l'utilisation globale des terres agricoles de 83 %, libérant environ 9,6 millions de km² pour d'autres usages [1].

Une analyse prospective du cycle de vie antérieure va encore plus loin. Elle évalue à 99 % la réduction de l'occupation des sols lorsque la viande cultivée est comparée à la production européenne conventionnelle de bœuf à fort impact environnemental [3].

Ces données sont impressionnantes, mais elles reposent sur une hypothèse majeure : une production à l'échelle industrielle, de qualité alimentaire et principalement alimentée par des énergies renouvelables.

Cela soulève une problématique plus complexe : même si des terres sont épargnées sur le papier, quelle proportion peut réellement être réallouée à d'autres cultures ou à la restauration écologique ?

Résultats indiquant des avantages plus limités ou incertains

Toutes les études n'aboutissent pas à des conclusions aussi tranchées. Environ 1,3 milliard d'hectares dédiés à l'élevage sont constitués de prairies non arables, ce qui signifie qu'ils ne peuvent pas être simplement reconvertis en cultures vivrières [3]. Ainsi, bien que la pression foncière diminue, l'ensemble des terres libérées n'est pas immédiatement réexploitable.

La nature des intrants est également cruciale. Si les producteurs recourent à des milieux de culture de qualité pharmaceutique plutôt qu'alimentaire, les coûts environnementaux accrus peuvent annuler le bénéfice lié à l'économie de surfaces terrestres [3].

Scénario de l'étude Impact sur l'utilisation des terres Hypothèse principale
Transition complète d'ici 2050 Réduction de 83 % des terres agricoles totales [1] Remplacement à 100 % de l'élevage ; énergie renouvelable alimentant la production [1]
ACV prospective (vs bœuf européen) Réduction de 99 % de l'utilisation des terres [3] Comparaison avec la production bovine conventionnelle européenne à fort impact [3]
Milieux de culture de qualité pharmaceutique Peut annuler l'avantage de gain d'espace foncier [3] Utilisation d'intrants hautement raffinés au lieu d'alternatives de qualité alimentaire [3]
Focus sur les terres non arables Libération limitée de terres « utilisables » [3] 1,3 milliard d'hectares des terres d'élevage actuelles sont des prairies non arables [3]

Pourquoi les résultats à court et à long terme diffèrent

La production initiale de viande cultivée fonctionne à petite échelle et repose souvent sur des procédés empruntés à l'industrie pharmaceutique. Cela se traduit par des chiffres d'utilisation des terres très différents de ceux des installations optimisées à grande échelle [3]. En clair, les systèmes pilotes d'aujourd'hui et les installations industrielles de demain ne sont pas comparables.

Se pose ensuite la question suivante : qu'advient-il en pratique des terres libérées ? Elles pourraient être consacrées à la restauration écologique, à la séquestration du carbone ou à une agriculture de plus faible intensité.

Que pourraient devenir les terres qui ne sont plus nécessaires

L'enjeu clé est de déterminer ce que deviennent les terres dès lors qu'elles ne sont plus requises pour l'élevage. Plus simplement, la grande question réside dans l'utilisation faite de ces surfaces libérées.

Restauration des écosystèmes et capture du carbone

Le principal atout consiste à restituer ces terres épargnées à la nature par le réensauvagement, les réserves naturelles, les forêts et les tourbières dédiées au stockage du carbone [4]. Une transition complète vers la viande cultivée (voir qu'est-ce que la viande cultivée pour une introduction) pourrait, en l'espace d'environ un siècle, libérer au moins 80 % des terres agricoles actuelles de toute exploitation agricole [4].

Les gains en matière de carbone issus de cette transition pourraient être considérables. Une étude publiée dans Nature a révélé que remplacer d'ici 2050 une partie de la demande mondiale en viande de ruminants par des protéines alternatives permettrait de stopper l'expansion future des surfaces de pâturage mondiales, de réduire de moitié la déforestation annuelle et de diminuer les émissions de CO2 qui y sont associées [5]. Il s'agit d'un gain climatique majeur obtenu à partir d'un changement d'alimentation relativement modeste.

Mais il y a un bémol. Les gains en carbone et en biodiversité ne se concrétisent que si les terres libérées font l'objet d'une gestion active en vue de leur restauration, plutôt que d'être laissées à l'abandon ou réaffectées à d'autres usages intensifs. L'alternative concrète est donc claire : restaurer les terres ou les maintenir en production.

Une agriculture de moindre intensité sur une partie des terres libérées

Si les terres ne sont pas restaurées, une partie d'entre elles pourrait demeurer exploitée à moindre intensité. En d'autres termes, les terres libérées n'ont pas toutes vocation à sortir de l'agriculture, mais elles n'auraient plus nécessairement besoin d'être soumises à une telle pression productive.

« Puisqu'il y aurait moins de pression sur les terres, le recours aux produits chimiques et aux pesticides diminuerait et la production agricole pourrait devenir plus favorable à la faune sauvage. » - Chris D Thomas, directeur du Leverhulme Centre for Anthropocene Biodiversity [4]

L'agriculture biologique et celle préservant la faune ont tendance à difficilement monter en échelle en raison de rendements à l'hectare plus faibles. Face à une moindre pression foncière, ce type d'agriculture devient plus viable, chaque hectare n'ayant plus à fournir un rendement maximal [4].

Des limites subsistent néanmoins. Une grande partie de ces terres est constituée de prairies non arables, ne pouvant donc pas être simplement converties en cultures [3]. De plus, dans certains paysages, retirer complètement le bétail pourrait nuire à la fertilité des sols, les déjections animales apportant depuis longtemps de la matière organique et des nutriments essentiels [3].

Conclusion : ce que révèlent globalement les données probantes

Les points de consensus général

Dans leur ensemble, les modèles convergent : la viande cultivée pourrait considérablement réduire la demande foncière à grande échelle. L'impact principal provient de la réduction de l'utilisation des pâturages, qui représentent la majeure partie des terres d'élevage. Certains modèles indiquent une forte diminution de la surface agricole globale d'ici 2050 [1], les bénéfices les plus marqués étant associés au remplacement de la viande de ruminants.

Ce qui demeure incertain

Ces gains dépendent de trois variables : l'énergie, les matières premières de culture et l'affectation des terres après la transition. La source d'énergie reste un facteur déterminant. En l'absence d'électricité décarbonée, une part des gains fonciers est neutralisée par les surfaces requises pour les infrastructures énergétiques [1][2]. Le choix des matières premières pèse également, car les intrants d'origine végétale induisent toujours une empreinte foncière.

La question ouverte majeure réside dans le devenir des terres après la transition. Le plein potentiel pour le climat et la nature ne se concrétisera que si les terres épargnées sont restaurées pour le stockage du carbone et la biodiversité [6]. La restauration des terres après la transition pourrait plus que doubler les bénéfices climatiques en intégrant la séquestration du carbone [6]. Ainsi, les gains en surfaces terrestres sont indéniables. Leur portée concrète dépendra de la réhabilitation des terres libérées : restauration écologique, réensauvagement ou maintien d’une production à plus faible intensité.

FAQ

Pourquoi les terres de pâturage sont-elles importantes dans ce débat ?

Les terres de pâturage sont essentielles car elles représentent la majeure partie des terres agricoles allouées au pâturage du bétail.

Si la viande cultivée réduit le besoin de ces surfaces, de vastes étendues pourraient être libérées pour la restauration des écosystèmes et la biodiversité. Cela pourrait également optimiser l'efficacité de l'utilisation des sols et atténuer les impacts environnementaux.

La viande cultivée nécessiterait-elle encore des terres arables ?

Oui. La viande cultivée réduirait considérablement les terres arables nécessaires aux cultures destinées à l'alimentation animale, sans toutefois éliminer totalement le besoin de terres agricoles.

Une certaine surface agricole resterait nécessaire pour produire du glucose, souvent issu du maïs, utilisé comme substrat dans le processus de production.

Qu'advient-il des terres libérées par la viande cultivée ?

Les terres libérées par la viande cultivée pourraient être principalement allouées à la réhabilitation des habitats naturels et à d'autres usages. Les études indiquent que si elle se substitue à une large part de la viande conventionnelle, de vastes zones actuellement dédiées au pâturage et aux cultures fourragères pourraient être réaffectées.

Ces terres pourraient servir à restaurer des habitats, soutenir la biodiversité, reboiser pour le stockage du carbone, réensauvager des paysages, protéger la nature ou cultiver des denrées destinées à la consommation humaine directe.

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Author David Bell

À propos de l'auteur

David Bell est le fondateur de Cultigen Group, la société mère de Cultivated Meat Shop et d'un groupe d'entreprises qui construisent l'infrastructure commerciale de la viande cultivée : une place de marché d'approvisionnement B2B, une plateforme de veille R&D, des rapports de prix, des études de marché et la vente aux consommateurs. Il a conçu et développé lui-même chaque plateforme du groupe et écrit ici à partir de son expérience directe de leur exploitation.

Il crée des entreprises depuis 30 ans dans l'e-commerce, la technologie et l'automatisation, et il est végan depuis 2012. Cultigen Group est le point de rencontre de ces deux parcours : de la vraie viande sans abattage, et les systèmes commerciaux nécessaires pour la mettre sur le marché.